CHRONIQUE / REVIEW

Amarok

El Ojo Del Mundo

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Releases information

Release date:

June 1, 2021

Format:

CD, Digital

Label:

From:

Azafran Media

Espagne / Spain

Serge Marcoux - June 2021

9,0

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TRANSLATED REVIEW (GOOGLE TRANSLATE) BELOW FRENCH TEXT !

L’Espagne et l’Italie ont de nombreuses similitudes. Ainsi, ce sont deux pays limitrophes à la mer Méditerranée qui bénéficient de climats forts agréables. Entre autres ressemblances, les deux pays sont des destinations touristiques reconnues et ils possèdent une histoire longue et fertile ainsi que des traditions culinaires, y compris vinicoles, qui font le plaisir des gastronomes et épicuriens, Les deux partagent la culture latine, en tenant compte de critères tel que la langue et la religion, mais diffèrent grandement si on aborde le volet musical. Si on regarde par la lorgnette de notre genre chéri, c’est encore plus évident.

Au début des années 70, alors que le rock progressif est en pleine éclosion en Europe, l’Espagne participe relativement peu à cet élan. Les MEZQUITA, CRACK, TRIANA et ITOIZ, notamment, n’ont pas marqué l’histoire comme les grands groupes italiens par exemple. La relance des années quatre-vingt-dix a vu l’apparition ibérique du groupe AMAROK et ce, dès 1991. Mais en Espagne, le nouvel élan progressif n’a pas eu l’effet d’entrainement constaté ailleurs. Néanmoins, trente ans plus tard AMAROK persiste et signe. Les débuts furent modestes. Ainsi, la première production du groupe fut une simple cassette mais « El Ojo Del Mundo » est quand même le onzième album du groupe, ce qui comprends un album en spectacle et une rétrospective. Le fondateur et leader incontesté est le compositeur et multi-instrumentiste ROBERT SANTAMARIA. Il s’agit du seul membre du groupe à avoir été présent sur tous les albums.

Depuis maintenant trois décennies, à sa manière, AMAROK repousse les limites de la musique, entre autres grâce aux combinaisons de textures et de tons. À la base, le groupe combine la musique New Age vocale et instrumentale, et y ajoute des éléments plus ou moins symphoniques et de la musique électronique (Migracions 1991, Els Nostres Petits Amics 1994). Progressivement, le groupe incorpore des instruments acoustiques (Canciones de los Mundos Perdidos 1995). A la fin des années 90, AMAROK produit une musique totalement acoustique avec des éléments de folk et un soupçon d'influence méditerranéenne, tout en maintenant la complexité dans les structures des chansons (Gibra 'Ara 1998). Les années 2000 représentent un tournant dans le son du groupe avec un mélange de timbre et de saveurs méditerranéenne et orientale et l'électrification liée au rock progressif (Tierra de Especias 2000). La première décennie des années 2000 permet au groupe de développer cette approche (Mujer Luna 2001, Quentadharkën 2004, In Concert in Gouveia 2005, Sol de Medianoche 2007). C’est aussi au cours de cette période qu’Amarok participe à de nombreux festivals de rock progressif en Espagne, au Portugal, aux États-Unis et au Mexique. Puis de 2009 à 2015, le groupe cesse ses activités. En 2015, le groupe sort l'album « Hayât Yolundâ » à titre de projet d'étude et d'expérimentation, progressif dites-vous ! Avec « El Ojo del Mundo », AMAROK souhaite obtenir la fusion ultime entre les éléments acoustiques orientaux et les éléments électriques occidentaux, entre autres parce qu'il a été composé presque entièrement avec le kanoun, un instrument à cordes pincées (78) de la famille des cithares sur table. Il est très répandu dans le monde arabe, en Grèce et en Asie du Sud-ouest, notamment. Cet instrument, on le surnomme le piano oriental. À ce sujet, ROBERT dit ceci : En ces temps incertains, la sortie d'un nouveau disque d'Amarok n'a de sens que si elle implique d'atteindre de nouveaux horizons musicaux, suffisamment intéressants et stimulants. Dans ce cas, le défi consistait à composer presque entièrement sur le kanoun turc, un instrument merveilleux que j'ai étudié en profondeur juste après l'enregistrement de « Hayât Yolundâ ».

Il suffit de regarder la liste des instruments joués pour comprendre ce foisonnement d’influences, flute traversière, didgeridoo, trompette, violon, thérémine, vielle à roue, autoharpe, saz et j’en passe. Ce ne sont pas que des noms dans une liste mais des sons que vous entendrez, bien sûr, ou que vous essaierez d’identifier à de nombreuses occasions. Il n’y a aucun doute que « El Ojo Del Mundo », l’œil du monde, va vous transporter dans des univers musicaux variés. Par exemple, dès le départ « Sota la Pluja » peut faire penser à du LOREENA MCKENNITT, époque « The Book of Secrets ». Le côté moyen-oriental est accentué par cette jolie combinaison violon-didgeridoo. « Saraswati », une suite en trois mouvements, démarre un peu de façon similaire avec un peu de l’Andalousie dans le son et le très beau jeu de flute de MANEL MAYOL, présent depuis 1998. Cependant, après quatre minutes, nous avons droit à un passage un peu psychédélique pour arriver à une troisième section dans une pure tradition progressive mais instrumentalement différente des sons habituels qu’apportent les synthétiseurs et guitares électriques par exemple.

« Cançó d'Amor », une pièce prog-folk de très bon aloi me donne l’occasion de vous parler de la chanteuse, MARTA SEGURA, qui s’est joint au groupe en 2002 pour l’album « Mujer Luna ». Sa voix fait des merveilles sur ce morceau et elle roule ses r d’une bien jolie manière. Elle possède une voix puissante et expressive et son chant est en espagnol sauf aux quelques endroits où elle utilise sa voix tel un instrument. La valse de la libellule est un court instrumental où la flute danse accompagnée d’une douce rythmique et de divers instruments.

Avec « Luna Y Sal », au début lent et un peu mystérieux, on retrouve Dame MARTA et le volet prog-folk à saveur orientale pour une pièce où les rythmes varient et les atmosphères nous captivent. Le morceau de bravoure est cette suite de près de dix-huit minutes qu’est « La Sexta Extinción ». Ce morceau exprime l’horreur de l’extinction accélérée et implacables semble-t-Il de nombreuses espèces. Les cinq dernières (principales) extinctions massives que notre planète a subi au cours de son histoire sont dues à des causes naturelles. Chacune des sept sections qui forment la suite est dédiée à un ou plusieurs groupes d'animaux et de plantes, tous, même nous-mêmes, confrontés à un avenir incertain. C’est un morceau instrumental de haut niveau qui offre une diversité de tons, de rythmes, de textures et d’instruments qui donne un résultat convaincant et rien de moins que fascinant. Il me semble vain d’essayer de décrire précisément ce que je considère comme un Grand morceau de rock progressif qui se révèle un peu plus et un peu mieux à chaque écoute. Le plaisir et la compréhension croissent avec l’usage et la finale n’est rien de moins que divine.

La suivante, « Gibra’ara » est une reprise de la pièce titre de l’album paru en 1998. ROBERT SANTAMARIA cherchait un morceau à réarrangé pour le kanoun. Le choix s’est porté vers un classique du groupe qui permet de remettre cette pièce au goût du jour et de découvrir une facette enjouée de la voix de MARTA SEGURA. Pour clore l’album, la pièce titre comporte un défi particulier pour le compositeur puisqu’il souhaitait apporter une autre touche musicale différente. Ainsi, après vingt ans, il a choisi de changer sa façon d’accorder sa guitare douze cordes pour y arriver. Ce qui donne, entre autres, ce morceau un peu plus traditionnellement prog. Les interventions de la guitare, de la trompette, de la flute et de la rythmique sont à noter. Et il en va de même pour le chant. Ce morceau est en quelque sorte un rêve au cours duquel la planète constate avec son grand œil ce que nous faisons avec, à la fois horrifiée et bouleversée.

Pour celles et ceux qui souhaitent sortir des sentiers bien balisés par le métal progressif, le néo-prog et autres groupes attachés aux années soixante-dix, aussi bons soient-ils, essayez ce AMAROK nouveau. « El Ojo Del Mundo » offre une alternative progressive espagnole pleine d’idées, d’un certain exotisme et de quelques perles qui méritent absolument d’être découvertes.

    1. Sota la Pluja (3:52)
    2. Saraswati (9:11) :
    - i. La Diosa del Conocimiento
    - ii. Khumb Mela
    - iii. El Río Subterráneo
    3. Cançó d'Amor (4:22)
    4. El Vals de las Libélulas (2:18)
    5. Luna y Sal (6:11)
    6. La Sexta Extinción (17:31) :
    - i. Insectos y Aves
    - ii. Plantas
    - iii. Reptiles
    - iv. Peces y Anfibios
    - v. Mamíferos
    - vi. Primates
    - vii. Homo Sapiens
    7. Gibra'ara 2021 (4:58)
    8. El Ojo del Mundo (11:38)

PISTES / TRACKS

musiciens / musicians

- Marta Segura / Vocals
- Manel Mayol / Transverse flute, didgeridoo
- Pau Zañartu / Drums, electronic hang
- Marc Egea / Viola de roda (hurdy-gurdy)
- Tarik Smith / Trumpet
- Miguel Arce / Bass
- Robert Santamaría / Kanun, saz, tar, santur, keyboards, 12-string guitar, autoharp, glockenspiel, accordion, percussion

With:
- Víctor Estrada / Theremin (6,7)
- Coloma Bertran / Violin (1)
- Núria Martínez / Palms (1,2,7)