
CHRONIQUE / REVIEW
The Gardening Club
The Insubstantial Pageant

Release information
Release date:
May 15, 2026
Format:
Digital, CD
Label:
From:
Melodic Revolution Records
Canada
Pascaline Hauriez - September 2026
9,1
Google translation options below french text
Au Club des jardiniers de Toronto, Ontario, vient d'éclore, à la mi-mai, un nouvel opus. Le susdit, devrais-je spécifier, est un album-concept aux éclats diaprés. À sa réception, une envie âpre m'envahit de me délecter de voluptés variées ; de ses effluves en volutes, mon esprit vaque selon les pérégrinations de la trame narrative, voguant vers des terres où naissent des sonorités orientales, ibériques, latinos, jazzy. L'heure s'estompe, déployant derrière elle une succession de fresques empreintes de réminiscences, de lieux où surgissent les ombres d'autrefois. Le maître d'œuvre de ce projet le décline comme un roman musical, une sorte d'intrigue narrative où les mots, les images et les songes de l'illustrateur se substituent à la musique.
Intitulé « The Insubstantial Pageant », toujours est-il de préciser que l'on retrouve à la manœuvre le trio naguère composé de Martin SPRINGETT, Kevin LALIBERTE et Norm MACPHERSON, auxquels viennent s'ajouter les paroles de Steve BENNETT, la voix soprano de Diane FRIESEN, la basse acoustique et la basse fretless de Drew BIRSTON, ainsi que la batterie et les percussions de CHENDY. Ce nouvel opus ne déroge pas à la règle, captivant par ses couleurs élégiaques et son pouvoir d'évocation. Cinématographique au demeurant, introspectif, un récit digne d'un thriller qui étaye, étreint l'auditeur de ses ondoyances sonores.
« The Insubstantial Pageant » raconte l'histoire d'une jeune femme dont le père a disparu lorsqu'elle était enfant. Longtemps soupçonné d'avoir été espion, celui-ci laisse derrière lui une multitude d'indices dispersés à travers le monde. Sa fille suit donc sa piste à travers différents lieux et différentes époques : Genève en 1946, Valparaiso en 1956, Chicago, l'Espagne de Lorca, Cuba, Marrakech en 1964, Berlin en 1979… Le voyage géographique devient une introspection, un voyage au cœur de la mémoire, une plongée dans l'abîme des souvenirs : qui était réellement ce père ?
C'est là que le titre « The Insubstantial Pageant » prend tout son sens : un pageant, c'est un spectacle, une procession, une oration, une succession de tableaux ; mais celui-ci est « insubstantial », presque irréel. Les personnages se dressent, se dissipent, apparaissent, naissent comme des silhouettes, les lieux comme des décors ; or, le passé, dès lors, devient comme une représentation dont il faudrait reconstituer les morceaux. Un carnet d'adresses de voyage sonore dont les lieux ne sont pas seulement nommés dans les titres : ils deviennent des couleurs musicales locales, anachroniques, ou le passé frappe le présent.
En prélude, « Ariel's Song » se déploie comme un prologue. Voix soprano de Diane FRIESEN, guitare acoustique, percussion délicate : un fil d'Ariane suspendu, des arabesques presque oniriques. L'antre du polar noir s'installe avec « The Insubstantial Pageant ». Mystère, l'angoisse subsiste ; la six-cordes ondule, aérienne, planante, s'électrifie, s'intensifie, se vivifie, les voix se posent, sereines, se juxtaposent ; les vocalises aériennes, une scène ample, élégante, intrigante, annoncent la quête de « The Grey Men », plus languissant, presque désolé. La musique semble avancer dans le brouillard, avec cette idée d'hommes sans visage et de souvenirs incomplets.
« Geneva '46 » fait entrer le récit dans une atmosphère de film noir européen : guitares, claviers, batterie ondulante et guitare électrique atmosphérique. On pourrait presque imaginer une scène du « Troisième Homme ». « Diary of a Grey Man » : des voix intérieures ; la basse fretless de Drew BIRSTON fredonne, tandis que les voix et les nappes orchestrales donnent l'impression de feuilleter un document ancien.
« Valparaiso '56 », l'atmosphère change : la six-cordes hispanique, rythmes plus dansants, harmonies brumeuses. On passe du roman d'espionnage européen à quelque chose de plus sud-américain. « Chicago (South Side Story) » apporte une autre couleur encore : blues nocturne, jazz, puis un groove presque STEELY DAN, avec un travail de guitare et de cuivres qui donne au morceau une dimension plus urbaine. « The Insubstantial Pageant » (Reprise) agit comme une respiration et un rappel du thème central.
« Looking for Lorca » est l'un des beaux moments du disque : guitare aux accents flamenco, rythme chaloupé, influence hispanique très assumée. La quête semble alors devenir moins désespérée, presque porteuse d'espoir. « A Sea of Emptiness » (Cuban Sunset) est une miniature : deux minutes seulement, des accords latinos, comme une carte postale sonore ou un fondu cinématographique. « Marrakech '64 », long de près de sept minutes, est probablement le morceau où l'exotisme musical est le plus développé : percussions, guitare, voix, basse et atmosphères évoquent les souks, la chaleur, les rues labyrinthiques et les silhouettes mystérieuses.
« East Meets West » (Berlin 1979) ramène le récit dans une Europe divisée. Le titre lui-même évoque la confrontation Est-Ouest et la musique retrouve une tension plus froide, plus espionnage. « A Long Distance Call » resserre l'émotion : cordes mélancoliques, sentiment de rapprochement, comme si l'énigme allait enfin toucher à sa résolution. Enfin, « A Return to the Park » referme le récit dans une atmosphère beaucoup plus douce et contemplative. La voix soprano de Diane FRIESEN apporte une dimension presque opératique. La jeune femme arrive au bout de son voyage — mais ce qui compte peut-être davantage que la réponse, c'est tout ce qu'elle a découvert en chemin.
J'avoue, je fus happé par ce nouveau projet du collectif du Club des jardiniers. Les sonorités aux abords du pavillon auditif font jaillir des paysages traditionnels entrelacés de couleurs diaprées, élégiaques, ornées de leurs effluves en volutes contemporaines. Mon imaginaire est embarqué dans des allégories subliminales, implicites, qu'implémente « The Insubstantial Pageant ». Les mystères, les brumes de l'esprit font émerger des climats sombres, inquiétants, parfois tonitruants ; puis apparaissent dans l'embrasure, insidieusement, les ombres tutélaires du prog. Les ambivalences surannées s'entrelacent, s'entremêlent au présent ; le son, les ambiances, les connivences de l'esprit m'embarquent dans des fresques sonores, des lieux où j'avais l'impression de les côtoyer. La dichotomie de l'espace-temps, l'anachronisme… À l'écoute de Chicago, au détour de quelques accords jazzy, me voilà embarqué « Autour de minuit ». Tavernier errait là, quelque part, au milieu des sons et des songes qui me berçaient entre MONK et STEELY DAN, où s'entremêlent, au gré des sonorités, les figures tutélaires afro-américaines. La force de cette œuvre, c'est aussi cela : l'immersion du passé dans le présent.
Le folk de la six-cordes ondule de ses arpèges hybrides, latinos, ibériques ; Valparaiso où Lorca, vêtu de ses apparats, s'illumine de ses vestiges traditionnels, puis s'éteint, se teinte d'ornements ombrageux… Les bifurcations des sons, des couleurs, des textures et du récit se confondent au parfum de la littérature. Des auteurs comme le dramaturge Laurent GAUDÉ viennent échauder mes neurones, allez savoir pourquoi ? Si mon jardinage prog de métaphores et d'allégories vous sied, le Club des jardiniers de Toronto est un voyage temporel.
TRANSLATED REVIEW (GOOGLE TRANSLATE) BELOW FRENCH TEXT !
PISTES / TRACKS
- 1. Ariel's Song (2:45)
2. The Insubstantial Pageant (5:50)
3. The Grey Men (6:05)
4. Geneva '46 (4:50)
5. Diary of a Grey Man (5:40)
6. Valparaiso '56 (5:56)
7. Chicago (South Side Story) (5:05)
8. The Insubstantial Pageant (Reprise) (2:24)
9. Looking for Lorca (6:27)
10. A Sea of Emptiness (Cuban Sunset) (2:13)
11. Marrakech (6:57)
12. East Meets West (Berlin 1979) (3:41)
13. A Long Distance Call (2:28)
14. A Return to the Park (3:06)
musiciens / musicians
- Martin Springett / vocals, guitars
- Kevin Laliberte / guitars, keyboards
- Thomas Kinzel / piano
- Drew Birston / fretless bass
- Wayne Kozak / saxophone
- Chendy / drums and percussion
- Danie Friesen / soprano voice



