
CHRONIQUE / REVIEW
Saris
Project Off World

Release information
Release date:
May 21, 2026
Format:
CD, Digital
Label:
From:
Progressive Promotion Records
Allemagne / Germany
Thomas Szirmay - August 2026
8,7
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Voici le sixième album du groupe néo-prog allemand, et mon deuxième, car j'ai pu apprécier par le passé l'album « Beyond the Rainbow ». Le groupe est dirigé par Derk AKKERMANN (guitares, claviers), avec Lutz GUENTHER (basse, chant) et Jimmy KEEGAN (batterie) occupant les autres postes clés dans le groupe. La voix principale est assurée par Henrik WAGER, aidée habilement par cet autre instrument vocal, le saxophoniste (Marek ARNOLD). La guitare solo se retrouve sous la houle du célèbre Martin SCHNELLA (Frequency Drift, Seven Steps to the Green Door, Schnella/Mau, Flaming Row, etc.). En règle générale, pour que le Neo fonctionne comme sur des roulettes, les chansons exigent du punch, de la variation, du détail et un jeu expert de la part de tous les intervenants. De plus, les voix jouent un rôle énorme et exigent une crédibilité hors norme. Je peux immédiatement attester que Saris dispose de tous les outils à sa disposition. Le style est surtout énergique avec une section rythmique autoritaire. Le tout saupoudrée d’un éventail calculé de variations modifiant la modulation, passant du sensé au tonitruant, parfois dans le même élan musical. Pour quelques références, pensez à Foreigner ou Uriah Heep des temps modernes, 10 pistes, 74 minutes de musique : Abfahrt!
Décollant de la rampe de lancement en direction de l'incroyable « Off World », Saris nous présente Henrik chantant d'abord dans un registre plus grave, une idée très cool, alors que l'attaque hachée menée par KEEGAN évoquant la fusillade rythmique d'un Kashmir, surtout lorsqu'elle est intégrée à une orchestration de cordes qui transmet une puissance énorme, les claviers scintillants maintenant la tension. Le saxophone magique d'ARNOLD élève la pièce à des sommets éthérés, un excellent plaisir pour l’oreille et l’esprit. J'aime également l’insertion de détails symphoniques, l'inspiration aussitôt plus personnelle.
« Mamucium » reste sur la même voie avec une autre démonstration théâtrale, même si je dois avouer que le morceau précédent est encore bien ancré dans mon esprit. Henrik continue d'impressionner alors qu'il cherche à « rentrer chez lui », les claviers d’AKKERMANN faisant un travail exceptionnel sur les ivoires et KEEGAN bouleversant comme lui seul sait le faire. S'installant doucement au début, « For All Mankind » change de cap en allumant la puissance turbo, Henrik grimpant comme un alpiniste athlétique s'attaquant à l'Eiger, ARNOLD ayant carte blanche pour souffler avec brio. Sinon, le morceau est solide comme un roc et extrêmement agréable à fredonner, même si par moments, les poings se lèvent. « My Pocket » contient de beaux passages, le solo de guitare en particulier soulignant la mélodie avec une légère ambiance STYX, mélodiquement solide mais vraiment trop courte pour être à la hauteur de ce qui précède.
Mais les choses s'intensifient de façon colossale à partir de maintenant, en commençant par « Is Anybody Out There », où l'intro médiévale sur clavecin offre une impression tumultueuse, s'épanouissant en une ligne de basse rondelette possédant une efficacité dévastatrice et assez complexe, alors que les touches majestueuses infiltrent l’arrangement, le piano ajoutant beaucoup de piquant. Cependant, le sommet est atteint grâce à une exhibition vocale d’Henrik déchirant à tout rompre, débordant d'une intensité hors norme. Dans un monde plus juste, cette chanson serait diffusée sur toutes les radios, à l'échelle mondiale. SCHNELLA flexible comme un serpent hélicoïdal, fourrageant le firmament turbulent au-dessus, cherchant sans doute une quelconque révérence extraterrestre. « Surround » est le morceau le plus long, un parcours de 12 minutes et des poussières, prouvant sans le moindre doute, l'attention portée aux détails et la musicalité qu'ils insufflent à leur méthodologie compositionnelle. Ici, on peut constater la fine ligne tracée dans le sable entre le néo et le symphonique se réduire à une simple égratignure. Tout contient plus d'espace pour divaguer, l'orgue en particulier au-delà de toutes contraintes, le saxophone ambulant librement, et les voix qui s'envolent allègrement à la fois en chœur et en solo. La montée mélodique est sans effort et totalement convaincante, frôlant le génial, comme gravir une série de terrasses élevées, chacune plus évasée et lumineuse. Et tout le long, la basse tonitruante et la batterie massive maintiennent l'atmosphère nette, solide comme le roc et complète. Quand Schnella obtient son signal, il déchaîne un éclair brûlant de fureur ardente, comme s'il était outré de se retrouver « encerclé »! La montée des claviers évolue vers un paroxysme de passion, d'atmosphère et de mélodie qui frappe en plein dans les oreilles. Un dernier circuit du complexe, pour clouer le cercueil. Voici deux exemples parfaits de pourquoi le Neo-Prog peut être délirant et divertissant!
Le robuste « The Bounty » avance orgueilleusement, rythmé à souhait pour conserver les frissons et des débordements qui tiennent la route. AKKERMANN améliore ses compétences à la guitare afin de bien s'adapter à ses claviers, un joueur doué, c'est le moins qu'on puisse dire. Henrik possède aussi une excellente capacité pulmonaire ainsi qu’un contrôle exceptionnel. Même si c'était vraiment bon, les prochains morceaux m'ont fait tomber à terre. « Fill Me with Emptiness » possède cette ambiance bombastique à la Uriah Heep, l'orgue tourbillonnant et la guitare stridente se fondant en harmonie parfaite, consolidant ainsi la colonne vertébrale de la pièce avec aplomb, verve et audace. Quand Henrik serre son micro, attachez vos ceintures, car il fournit une intervention vocale d’une octave plus élevée. Après le solo de guitare obligatoire, le deuxième tour révèle un rouleau compresseur encore plus lourd sur le Hammond, tandis que les deux voix s'élèvent bien au-dessus des nuages, délicieusement entrelacées, avec Henry qui rappe très légèrement. Cela ne m'a pas rempli de vide!
Un opus de 11 minutes, « Wish It Away », signale une route de briques jaunes menant vers Oz, où la réalité se voit envahie par les rêves, le tableau noir effacé et un nouveau départ s'annonce. Aucun épouvantail, homme de fer-blanc, lion peureux ou même Toto, sur le chemin. Le piano puissant d’AKKERMANN apaise la sensation, utilisant son clavier comme un instrument de percussion, les voix virevoltantes tournant en spirales, comme un cerf-volant pris dans un ouragan. Arnold applique une ambiance jazzy à l'arrangement, un détail qui plait. Bref, chaque musicien s'exprime avec une intention singulière, illustrée par un séquenceur de synthé à la TANGERINE DREAM qui n'a duré que quelques secondes mais a su attirer mon attention. De la musique prog absolument bien ciselée.
Pour prouver la finesse du mode opératoire de ce groupe, les symphoniques intenses sont maintenant maintenues sur « Time is Killing Me », je dirais peut-être même renforcée alors que le saxophone fait sa meilleure démonstration sur cette pièce à la beauté écrasante, Henrik convaincant encore une fois (comme s'il y avait le moindre doute), surfant sur la vague mélodique avec éloquence. On peut distinguer la basse tournoyante comme une centaine d'élastiques, tandis que les claviers se comportent plutôt comme un orchestre, donnant aux guitares libre cours. Les trois derniers morceaux ont vraiment scellé l'affaire pour moi. Le temps presse.
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PISTES / TRACKS
- 1-Off World (6:36)
2-Mamucium (7:39)
3-For All Mankind (6:43)
4-My Pocket (3:42)
5-Is Anybody Out There ? (7:12)
6-Surrounded (12:06)
7-The Bounty (7:43)
8-Fill Me With Emptiness (5:14)
9-Wish it Away (11:05)
10-Time is Killing Me (5:33)
musiciens / musicians
Henrik Wager- vocals
Jimmy Keegan- drums
Derk Akkermann- synthesizers, guitars
Lutz Guenther-bass
Marek Arnold- saxophone
Martin Schnella- guitars



