
CHRONIQUE / REVIEW
Phideaux Xavier
Automoto Animus

Release information
Release date:
June 6, 2026
Format:
CD
Label:
From:
Bloodfish Music
États-Unis / USA
Serge Marcoux - August 2026
9,2
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J’aime beaucoup ce que le grand Albert Jacquard a écrit concernant l’éloge de la différence. Dans son essai paru en 1978, ce chercheur, philosophe et plus encore, utilisait la génétique pour montrer que la diversité humaine est une force vitale. Si on applique ce concept à l’univers de la musique, alors le rock progressif devient une évidente ressource précieuse. Cependant, la différence peut être vue et reçue bien différemment par les amateurs. Lorsqu’un artiste ou un groupe offre de la nouvelle musique, bien des gens souhaitent entendre une nouvelle version d’un album ou d’une chanson qu’ils ont particulièrement aimé. « Automoto Animus », le nouvel album de Phideaux XAVIER constitue un bon test pour vérifier notre tolérance au changement.
D’emblée, il faut savoir que ce talentueux multi-instrumentiste est presque un apôtre du changement. En 1992, il offrait un premier album où l’on retrouvait une vingtaine de pièces qui ratissaient large dans tous les genres. Pourtant, il a fallu attendre en 2003 pour que « Fiendish » marque vraiment le début d’une empreinte musicale plus assidue. Il faut dire que notre homme gagne bien sa vie dans le domaine de la télévision. Même alors, c’est surtout « Cupacabras », paru deux ans plus tard, qui allume la gente progressive. Est-ce la pièce titre de plus de vingt minutes ? Est-ce simplement sa persévérance et le fameux bon moment ? Puis, il y a eu cette superbe séquence de quatre albums consécutifs irrésistibles, Ce sont « Doomsday Afternoon », « Number Seven », « Snowtorch » et « Infernal ». Ils ont consacré sa renommée et conquis de nombreuses personnes. Après cette séquence, il n’y a eu qu’une parution, soit la modification sur Pro Tool de « All is Number », un projet ambiant, un peu noir, un peut avant-garde et krautrock qui datait de sa période scolaire. « Automoto Animus » devient donc son douzième disque et le premier depuis huit ans.
Celles et ceux qui souhaitaient, espéraient un album à la « Snowtorch » devront faire preuve d’une certaine adaptation. En effet, sept des huit morceaux ont moins de cinq minutes. De plus, si l’ensemble s’inscrit clairement dans la mouvance progressive, les composantes individuelles nous transportent ailleurs dans plusieurs cas. Rangeons donc les idées préconçues et ouvrons oreilles et neurones pour apprécier l’ensemble. Après tout, PHIDEAUX XAVIER est un compositeur qui n’a jamais craint d’explorer la différence. Les deux premières sautent aux yeux et aux oreilles. En effet, pour la première fois il utilise son visage pour illustrer un album. Ensuite, « Do What U Will » ouvre cette nouvelle production avec une touche rock résolument ancrée dans les années 80, percussions électroniques comprises. Mesdames et Messieurs, garçons et filles. Citoyens du monde entier. Allez-y : faites ce qu'il vous plaît. Voici les premières lignes d’un morceau irrésistible, entraînant mais de nature à dérouter une personne qui pense écouter une variation de « Microdeath Sosftstar ».
L’observation du monde qui l’entoure se poursuit avec « Hey Humanity ». Ici, il nous interpelle sur ce que nous sommes, ce que nous pourrions faire et les choix à venir. Le tempo est lent, l’instrumentation est superbe et variée ainsi que l’orchestration et la guitare lorgne un peu du côté de QUEEN. Voici une composition qui s’inscrit parfaitement dans la logique musicale de l’auteur-compositeur-interprète. « Driving to Destruction » utilise une série d’analogie avec l’automobile et la conduite pour décrire le parcours des humains vers la destruction ou peut-être seulement vers l’inconnu. Le morceau est up-tempo et on y retrouve la marque pianistique qu’on lui attribue. Le tout est enveloppé avec un message plutôt pessimiste. Le titre de l’album est utilisé tel un étrange refrain, un leitmotiv latin nouveau genre. Il y partage le chant avec Savannah POPE. On trouve deux douzaines d’invités qui contribuent à la richesse et à la diversité sonore de « Automoto Animus ». PHIDEAUX XAVIER aime s’entourer de nombreux collaborateurs sur ses albums. D’ailleurs, il en va de même sur scène. Ceux qui ont eu la chance de le voir en spectacle en 2013 et 2019 au festival TERRA INCOGNITA ont pu le constater. Le plus formidable était la cohésion et la qualité du son sur scène, à l’instar de ce que les albums nous offrent.
Lorsque PHIDEAUX concocte une chanson d’amour, il le fait à sa manière. Sur « Stay with Me », il partage le chant avec Ariel FARBER et Molly RUTTAN. On y entend aussi non pas deux ou trois, mais bien quatre guitares électriques. De plus, les paroles et la musique dégagent un parfum de tragédie. Quoique qu’il soit le plus court, le morceau frappe néanmoins le cœur de la cible. « Charlie Knew » offre un regard dramatique sur l’affaire Charles Manson qui avait fait couler le sang et l’encre à la fin des années soixante et pour de nombreuses années. La richesse des cordes arrangées par Kaitlin WOLFBERG et le saxophone de Vince MEGHROUNI, couplés à la guitare de Dustin BOYER et au chant poignant de PHIDEAUX apportent un souffle et une puissance irrésistible. La suivante est une pièce très réussie qui peut s’apparenter à une balade. « Siren in the Storm » évoque la mer, la plage et, bien sûr, l’appel de la sirène. Celle-ci se présente via les cordes vocales de Dame POPE, entendue précédemment. Le prolifique guitariste Fernando PERDOMO lui donne une saveur particulière grâce à son jeu inspiré. Une fois encore, les orchestrations donnent une dimension supplémentaire. On ne connaît pas le sort du marin mais le résultat est superbe. En l’écoutant à de nombreuses reprises, il m’est arrivé de penser à « A Sally Dog » de PROCOL HARUM, pas par sa similarité mais plutôt pour le genre de morceau et ce qu’il transmet. Sur « Enigmatic Terminus », on n’entend que trois musiciens. Ariel FARBER joue du violon et de l’alto ainsi que des arrangements. La présence des cordes est un peu l’essence du morceau. Molly RUTTAN joue de la batterie avec un rythme plutôt lent et relativement simple. La balance des instruments, guitare, basse et claviers, est de PHIDEAUX. Les paroles et le chant sont aussi de son ressort. Il y reprend, telle une incantation, le titre du troisième morceau, « Driving to Destruction ». Le propos est inquiétant, la musique est oppressante. C’est un peu la deuxième partie du morceau mentionné mais en plus noir.
L’album se termine par un tour de force. « The Legend of Mary-Jo » est basée sur une incroyable histoire vécue. En1992, Mary Jo Buttafuoco est connue pour avoir survécu à un tir en plein visage perpétré par Amy Fisher, la maîtresse de son mari, alors âgée de 17 ans. Par la suite, elle a raconté son histoire dans un livre et lors de conférences et a même subi diverses chirurgies réparatrices. Basée sur le point de vue prophétique de Mary-Jo, la chanson raconte qu’une certaine Amy viendra semer le chaos sur terre en 2062. Avec quatorze minutes au compteur, il va sans dire qu’il s’agit du plus long morceau mais aussi du plus progressif. Il faut se laisser porter par cette aventure sonique, cette allégorie rétrofuturiste. C’est du PHIDEAUX pur jus ! Il y a une douzaine d’opérateurs musiciens qui contribuent à faire fonctionner cet incroyable manège musical. Ni l’histoire alambiquée, ni les divers mouvements ou la longueur n’affectent la cohésion du morceau. Sa force et ses mélodies en font une des meilleures chansons de l’année. Elle complète à merveille « Automoto Animus », une fable de PHIDEAUX XAVIER puisque c’est ainsi que cet opus est surnommé. Est-ce mon album favori de cet artiste ? Je ne crois pas qu’il le sera, mais il prouve qu’il est un artiste capable d’embrasser le changement et un auteur-compositeur versatile capable de conserver son identité en le faisant. Je n’ai que des éloges pour cet album que je vais écouter encore et encore.
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PISTES / TRACKS
- 1. Do What U Will (4:44)
2. Hey Humanity (4:12)
3. Driving to Destruction (4:46)
4. Stay with Me (3:12)
5. Charlie Knew (4:02)
6. Siren in the Storm (4:02)
7. Enigmatic Terminus (3:47)
8. Legend of Mary-Jo (14:10)
musiciens / musicians
- Phideaux Xavier / Piano, keyboards, bass, acoustic and electric guitar, vocals
With:
- Joe Berardi / Drums
- Dustin Boyer / Guitar, synthesizers, claps
- Ariel Farber / Violin, viola, vocals
- Roger Howarth / Vocals
- Amanda Lynne / Flute
- Vince Meghrouni / Flute, piccolo, saxophone
- Rich Mouser / Guitar, keyboards, percussion
- Charlie Paxson / Drums, talking drum, tabla, percussion, tambourine
- Fernando Perdomo / Guitar
- Savannah Pope / Vocals
- Kira Roessler / Bass
- Paul Roessler / Drum programming, percussion, treatments, fancy piano, organ
- Molly Ruttan / Drums, vocals
- Mark Sherkus / Organ, mellotron
- Naomi Adele Smith / Keyboards, vocals
- Johnny Unicorn / Bass, vocals, whistle
- Marcus Watkins / Guitar, baritone guitar
- Angus Weir / Trumpets
- Kaitlin Wolfberg / Strings
- Nathan York / Bass
- Juliet Mills / Vocals
- Marianne Muellerleile / Vocals
- Geoff Ball / Vocals



