
CHRONIQUE / REVIEW
Delirium
Sesta Strada Lungo il Tempo

Releases information
Release date:
May 22, 2026
Format:
CD, Digital, Vinyl
Label:
From:
Black Widow Records
Italie / Italy
Serge Marcoux - August 2026
9,0
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J’aime beaucoup l’idée des retours. Ainsi, il y a deux ans, nous étions en voyage en Italie et nous savions que nous y retournerions. Bonheur vécu et bonheur anticipé ! La musique et les musiciens offrent de multiples occasions de savourer ou d’espérer les retours. En 2007, le réveil de DELIRIUM après une absence de trente-deux ans fut une belle surprise. Cette fois, il n’a fallu que onze ans pour avoir dans le cœur et les oreilles « Sesta Strada Lungo il Tempo », le nouvel album studio du groupe. Je dis seulement car depuis la formation du groupe génois en 1971, ils ne nous ont offert que six albums. Il y en a trois qui proviennent de l’âge d’or du rock progressif et de la première mouture du groupe. Les trois autres datent de 2009, 2015 et cette année, bien sûr.
Ce sont ETTORIO VIGO, claviers, voix, MARTIN GRICE, saxophone, flûte et voix, et PEPPINO DI SANTO, batterie, voix, qui sont à l’origine de cette relance. Cependant, ce dernier n’est demeuré que pour l’excellent « Il Nome del Vento ». Sur le nouvel album, on entend le batteur ENRICO TIXI qui accompagne FABIO CHIGINI pour former une versatile et efficace section rythmique. MICHELE CUSATO est la guitare attitrée pour un deuxième disque consécutif. Le dernier musicien que je mentionne, et non le moindre, est le chanteur charismatique et fort sympathique, ALLESANDRO CORVAGLIA. Quelques invités étoffent le son de cet opus, principalement au niveau des voix. « Sesta Strada Lungo il Tempo » est un album constitué d’histoires assemblées autour du thème du temps qui passe. C’est par l’entremise de personnages plus marginaux que le concept est exploré, « lo Clochard » est un exemple. Mais on peut aussi mentionner la suite « Schiavo della Viltà », un voyage dramatique au cœur de la lâcheté humaine.
Le premier morceau est déjà une de mes pièces favorites de l’année. Un superbe périple musical de vingt-deux minutes qui dissipe tous les doutes que nous pourrions avoir sur la pertinence de la formation actuelle. Les changements d’ambiance y sont nombreux, pensons à cette délicate introductions où le piano, la flûte et la guitare sèche enchantent et préparent la venue du chant de CORVAGLIA. Cette voix est toujours aussi caractéristique et sa seule présence prend aux tripes. Un mouvement fluide apporté par l’orgue et la batterie permet ensuite au son de prendre toute son ampleur. J’attire votre attention sur le travail de CUSATO à la guitare. Que ce soit au tiers du parcours, notamment, ou pour l’incroyable solo à couper le souffle vers la fin du morceau. Les claviers d’ETTORIO VIGO ne sont pas sans rappeler des passages baroques. Que dire de la flûte de MARTIN GRICE sinon qu’elle nous enchante et nous ensorcelle à de nombreuses reprises. Les moments plus lyriques et les passages instrumentaux sont judicieusement dosés et, ici encore, parfaitement fluides et vraiment bien construits. L’apport d’une section rythmique subtile ou bien nerveuse, quelquefois couplé au saxophone de GRICE ou à la guitare de CUSATO, procure une dynamique notable à l’ensemble. Croyez-moi, à elle seule, cette suite mérite de se procurer cet album et est un plaisir dont on ne se lasse pas.
« lo Clochard » possède cette saveur italienne, ce feeling méditerranéen qui s’éloigne un peu du pur prog mais qui offre un certain apaisement. Le violon lance ce morceau qui donne la parole aux défavorisés. L’atmosphère est plus intimiste et touchante. Le saxophone joue un rôle important et le chant d’ALESSANDRO frappe droit au cœur. L’apport de la voix de Dame VIGO ajoute à l’impact du morceau. « Il Riposo del Pirata » est un morceau mid-tempo avec un belle touche d’orgue et de saxophone. Cependant, pour moi, la narration ne fonctionne pas au même niveau que pour la suite initiale. Je dois admettre que c’est le morceau qui m’a le moins convaincu. Mais il ne diminue en rien le plaisir de l’écoute. « Della Strada il Ritorno » est un instrumental fort réjouissant. Il lorgne en majeure partie vers le jazz rock avec un saxophone bien relevé de MARTIN GRICE, y compris grâce à intéressant dialogue avec la guitare de CUSATO. TIXI et CHIGHINI sont savoureux tout au long avec un apport rythmique intelligent. La section médiane flirte carrément avec le jazz. Le piano, la basse et la flûte nous payent la traite. On termine l’opus en force avec « Parole nel Vento ». C’est très mélodique et, au risque de me répéter, très typique d’une classique pièce RPI. La guitare sèche, la flûte et un court mais efficace solo de synthétiseur forment de bien beaux atours. La finale tout en voix, celle de CORVAGLIA mais aussi de nombreux acolytes couplés avec la flûte, la guitare électrique et le saxophone donnent le goût d’y revenir.
Depuis son retour, DELIRIUM a réussi à faire le pont entre le glorieux passé du rock progressif italien et une production moderne. Une mention spéciale pour cette pochette d’ALESSANDRO POZZI qui évoque justement le temps qui passe. « Sesta Strada Lungo il Tempo » aborde des thèmes forts en émotions mais je ne peux m’empêcher d’y voir un album avec une saveur estivale, une force mélodique qui donne le goût de l’écouter avec un Apérol Spritz en main sur la terrasse. Mieux encore, sur une terrasse au cœur de Rome. Grazie mille ragazzi!
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PISTES / TRACKS
- 1. Schiavo della Viltà (21:56)
2. Io Clochard (5:45)
3. Il Riposo del Pirata (6:00)
4. Della Strada il Ritorno (5:33)
5. Parole nel Vento (6:02)
musiciens / musicians
- Ettore Vigo / Keyboards, backing vocals
- Martin Grice / Wind instruments, backing vocals
- Fabio Chighini / Bass, vocals
- Alessandro Corvaglia / Lead vocals, keyboards, acoustic guitar, backing vocals
- Michele Cusato / Guitars, backing vocals
- Enrico Tixi / Drums, percussion, backing vocals
With:
- Andrea Bottessini / Narration (1,2)
- Giulia Emirio / Violon (1,2)
- Alice Vigo / Vocals (2,3)
- Enrico Bianchi / Backing vocals (5)
- Raffaella Izzo / Backing vocals (5)



