
CHRONIQUE / REVIEW
Angine de Poitrine
Volume II

Releases information
Release date:
April 30, 2026
Format:
Digital, CD
Label:
From:
Self-Released
Canada
Mario Champagne - August 2026
8,3
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La célèbre voyante aveugle bulgare Baba VANGA avait prédit en début d'année une invasion extra- terrestre, et pour une fois, celle-ci ne semble pas s'être trompée. Une invasion qui trouve son origine au Québec, qui a priori est une terre de prédilection pour toutes les entités extraterrestres qui rêvent d'occuper nos ondes radios et télévisuelles. On a eu Raël à Maricourt, les Oraliens à Québec, Stromgol à Amos, et maintenant ANGINE DE POITRINE au Saguenay, bien qu'ils soient actifs depuis 2023. Au moment d'écrire ces lignes, l'engouement pour ce nouveau phénomène semble planétaire, et le signe triangulaire, un repère pour les membres d'un culte badin en devenir.
Habitant loin du Québec, j’ai été moins exposé à la vague déferlante qui frappa la belle province, mais comme tout le monde, j'ai observé leurs performances sur les réseaux sociaux, et j'espère malgré tout par cette chronique pouvoir donner un avis impartial sur ces entités qui jouissent d'une critique populaire favorable mais plutôt controversée au sein de la communauté des amateurs de rock progressif. Au départ, ce duo spatial est composé de deux êtres, Khn et Klek, qui probablement à l'aide d'une machine marketing bien huilée, ont bien étudié leur concept pour s'assurer d'une réussite sans faille.
Se différencier pour capter l'attention par un concept rare, un duo qui fait tout, et un sacré défi pour cracher toutes ces notes pour créer un tel mur du son. Créer une image marquante par des costumes loufoques qui feront jaser, vu que cela a déjà bien fonctionné pour des groupes comme KISS, GENESIS, DEVO, et les SUPER CLASSELS. Un son unique par une instrumentation faîte sur mesure par un luthier d'Alma qui permet de produire des notes ‘’microtonales’’, l'engin étant fretté sur des quarts de ton au lieu des demi-tons conventionnels. Un style nouveau à forte dissonance qu'ils appellent "Mantra-rock dada pythago-cubiste", qui génère des réminiscences d’instruments orientaux par moment. Une langue incompréhensible pour accéder à tous les marchés et capter l'attention de toutes les générations par un humour abstrait aux multiples degrés. Des pièces, avec ce qui semble bien être une recette sur cet album, mais pas tout le temps, où l'on lance des passages de notes en patrons répétitifs pour par la suite augmenter la cadence dans des crescendos déments qui en viennent à hypnotiser les auditeurs en transe, et ce de manière très efficace. Des performances physiques où l'équilibrisme unijambiste (inspiré de Ian ANDERSON ?) se marie à un doigté prolixe qui jongle entre la guitare et la basse, et qui s'étend jusqu'aux pieds pour manœuvrer des boucles sonores itératives qui font figure de troisième musicien fantôme. Et finalement, un courage certain pour performer dans des costumes qui limitent assurément leur champ de vision, et qui font peut-être office de sauna.
Dans ce "Volume II", qui fait suite au "Volume 1" de 2024 dont je n'ai pas encore pris la mesure, on retrouve six morceaux instrumentaux, nonobstant quelques verbiages, développés sur 37 minutes. Dans l'apparente simplicité des pièces construites, il y a un travail mathématique bien camouflé pour le profane, qui est à l'origine de plusieurs moments intéressants dans ces pièces où les variations de mesures, de rythmes et les superpositions génèrent accélérations et crescendos qui atteignent de fortes intensités, que ce soit à la guitare ou sur les fûts, quoique dans l'ensemble des morceaux, la répétition de "patrons sonores" est bien à la base de tout, alliée à une guitare qui vibre comme un maringouin ou comme un "gazou". Il y a parfois une certaine forme d'attitude punk (‘’Mata Zyklek’’) et même des effluves de rock des années 70 ("Angor"). Sur les six morceaux, quatre semblent suivre une recette de progression lente tendant vers un climax. "Yor Zarad" tranche avec une structure différente, plus agressive, répétitive, et saccadée. "Uztp" est celle qui m'a le moins plu avec un petit côté folk campagnard, rappelant un genre de musique des Balkans, se montrant plus légère pour ne pas dire kitsch, et digne d'un film de "BORAT" dans sa première moitié. C'est rigolo.
Une grande partie des pièces se montre intéressante, malgré quelques moments redondants, le tout étant rendu par des musiciens qui maîtrisent leur nouvel art, y ayant injecté la dose d'innovation expérimentale requise pour se distinguer, le "groove" et le "fun" pour illuminer des ’’partys’’, et faire progresser la musique dans une voie différente et particulière. Ils savent y faire pour créer des finales échevelées. L'enregistrement met en valeur les performances, et je crois qu'on peut tout simplement se réjouir du succès de nos compatriotes intersidéraux et de l'engouement mondial qu'ils suscitent, permettant ainsi, encore une fois, aux projecteurs de se braquer sur la province de Céline ! Désolé, la province d'ANGINE ! Pour ce qui est de la suite, il faudra voir si le phénomène tiendra sur le long terme ou s'il s'étiolera. Au minima, on pourra déjà les remercier d'avoir fait apprendre à la communauté internationale trois nouveaux mots de français, et d'avoir convaincu les jeunes générations qu'il y autre chose à se mettre dans l'oreille que la musique formatée proposée par les grands labels conventionnels. Accessoirement, cela pourra peut-être engendrer une révolution progressive dans les mentalités et sur les ondes ! Croisons les doigts ! Titres préférés : Dans l'ordre, "Mata Zyklek", "Angor" et "Fabienk". Bonne écoute !
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PISTES / TRACKS
- 1. Fabienk (06:31)
2. Mata Zyklek (06:09)
3. Sarniezz (04:35)
4. Utzp (06:50)
5. Yor Zarad (06:29)
6. Angor (06:16)
musiciens / musicians
Khn de POITRINE - Microtonal Guitars & Vocals
Klek de POITRINE - Drums, Percussions & Vocals



