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ENTREVUE / INTERVIEW

Metamorphosis

WITH: Jean-Pierre Schenk

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ALBUM REVIEW HERE

Richard Hawey - January 2017

PROFIL - Je désire vous remercier de participer à cette entrevue avec Profilprog.

PR – Votre amour pour la musique progressive n’est pas récente, en 1971 vous avez fait partie du groupe Nature avec Giovanni Esposito, vos influences provenaient de Pink Floyd et Genesis. Parlez-nous un peu de cet époque?

JEAN-PIERRE SCHENK - C est bien évidemment la période la plus folle pour la musique rock, et l’avoir vécue de l’intérieur à l’âge de 20 ans laisse une trace indélébile. C’est aussi l’époque de tous les espoirs, contrairement à celle que nous vivons aujourd’hui, que je qualifierais de période de tous les désespoirs. Il fallait attendre 5 ou 6 mois la sortie annoncée d’un disque, mais alors, quelle feu d’artifice. Dark side of the moon, Wish you were here, Foxtrot, Selling England by the Pound, Stairway to heaven, et j’en passe et des dizaines. Pas étonnant que ceux qui ont vécu cela ne décrochent jamais de cette musique. Nature, c’était grand pour des petits amateurs, tous autodidactes, âgé de 18 à 20 ans. Sùr que si nous avions été Anglais, nous serions allés loin. D’ailleurs, Nature revit depuis quelques mois, et je te jure que certains titres réarrangés sont juste incroyables. Il y aura un disque dans les 2 ans…

PR - Metamorphosis a vu le jour seulement en 2001, quels sont les raisons de la création du groupe ?

JPS - Entre la fin de Nature en 1977 et Metamorphosis, j’ai eu une période musicale très riche. Une de mes compositions a même prix la première place du Festival de San Remo chez les espoirs. J’ai beaucoup écrit et enregistrés pour des chanteuses italiennes, et quand il m’arrive d’écouter ces chansons- certaines sont magnifiques- je me rends compte à quel point le prog était toujours présent dans ma musique, soit dans les arrangements, soit dans les solos…

Metamorphosis? Au fond de moi, il y avait toujours ce rêve de refaire du prog, et, si j’ai digéré mes 2 divorces, cela n’a jamais été le cas de la fin de Nature. Donc, je dirais que c’était, au départ, une façon de perpétuer ce groupe qui était toute ma jeunesse. Et puis, moi qui avait complètement zappé la période Marillion, IQ, c’est tout à fait par hasard que je suis tombé sur The Visitor d’Arena, un immense album!! Je découvrais en 2000 que le prog existait encore, même si c’était sous forme confidentielle. En fait, ce n’est juste pas possible que ce soit le hasard!!!

PR – « Dark » est le dernier album de Metamorphosis et il est sorti en 2009, que s’est-il passé pendant ces sept années de silence ?

JPS -Beaucoup de choses!! D’abord une terrible et soudaine rupture affective, ce qui m’a obligé à empoigner ma vie différemment. Et puis, Dark me semblait enfin être un album suffisamment puissant pour être joué sur scène. J’ai trouvé très vite des musiciens, mais imagine le travail pour eux à décortiquer tout ce que j’avais enregistré sur le disque. Mais on a fini par y arriver et à donner quelques bons concerts. Puis je me suis remis à composer, mais ma tête et mon coeur n’étaient pas là!! Et cela a donné, en 2011, le cd de 3 titres, que certains aiment beaucoup, que je ne renie pas, mais qui n’est pas vraiment MA musique. Il est simplement le reflet de ce que j’étais capable de donner à cette époque. Et j’ai longtemps cru que la source était tarie, que j’avais tout dit. Petit à petit, je me suis retrouvé, mais ensuite, il a fallu du temps pour arranger les titres avec les musiciens, et quand certains ne peuvent être présent qu’un samedi sur 2… N’oublie pas que nous travaillons tous à 100%.

PR – Cet album nous offrait une nouvelle version de Metamorphosis en nous présentant des sonorités plus lourdes, Quels sont les raisons de ce changement de son ?

JPS – Je crois que j’avais enfin tué mes démons “floydiens” Et puis, je ne saurais le cacher, je suis devenu un fan de Steven Wilson… Sans compter qu’on évolue, que la vie nous fait évoluer… Et je ne voulais pas refaire ce que j’avais déjà fait, même si cela avait rencontré un joli succès.

PR - Sur « The Turning Point » vous avez un groupe complet et vous vous concentrez sur le chant. Qu’est-ce qui vous a amené à faire ces choix ?

JPS – Tout simplement le fait d’avoir un groupe. Mais bon, j’ai travaillé un peu comme un chef d’orchestre, et la musique au final est très proche des maquettes que j’apportais ; de plus, j’ai ajouté quantité de lignes de claviers et j’ai fait toute la production avec Olivier. Beaucoup de gens me demandent si je ne suis pas frustré! En fait, entendre des supers musiciens jouer TA musique comme tu voudrais qu’elle sonne, c’est juste un sentiment incroyable!!

PR – Parlez-nous de votre dernière production, c’est un album concept ? C’est selon moi une suite logique à l’album précédent ?

JPS – Cette remarque aussi je l’ai entendue plusieurs fois. Non, ce n’est pas un concept album, de par la diversité des textes déjà, mais à l’écoute, je me rends compte que ça pourrait l’être. Oui, musicalement, c’est une suite de Dark, mais en mille fois mieux conçue et développée. Je crois qu’il représente vraiment ce que je veux faire aujourd’hui. Et même si certaines influences sont présentes par ci par là, je crois que Metamorphosis a trouvé SA couleur, et qui n’est pas celle des autres.

PR – L’album met en évidence la guitare d’Olivier Guenat, qui est d’ailleurs sublime. Parlez-nous un peu du musicien ?

JPS – C’est juste incroyable de pouvoir jouer avec ce guitariste. Mais ce qui est encore plus incroyable, c’est son plaisir à jouer ma musique. D’ailleurs, elle lui permet beaucoup mieux de se mettre en évidence que sa propre musique, ce qu’il avoue bien volontiers d’ailleurs. Je l’ai découvert par hasard quand je cherchais un 2e guitariste pour refaire le solo sur The Birth (Then all was silent). Je n’aimais pas ce qui avait été joué, et quand j’ai entendu ce qu’il avait imaginé, envoyé par mail, je n’en ai pas cru mes oreilles. Et je travaille avec lui depuis. Je lui ai toujours dit que The Turning Point allait enfin le révéler, et c’est ce qui se passe, même si c’est à une petite échelle. Olivier est le seul musicien du groupe à être totalement libre de ce qu’il joue. Et comme il joue ce que je voudrais qu’il joue….

PR – Vous voulez nous présenter les autres musiciens qui vous accompagnent sur l’album ? Est-ce les mêmes qui seront avec vous pendant les spectacles ?

JPS – D’abord cette remarque : il n’y aura pas de « live », sauf si des propositions intéressantes arrivent grâce au disque. Je préfère passer mon temps à réaliser un nouvel album plutôt qu’à répéter comme des malades pour de petits gigs. Un Z7 à Pratteln (où nous avons déjà joué), ou, mon rêve, la Lorelei. J’estime que Meta a le niveau pour viser cela… Gabrielle Maeder est aux claviers. Je l’ai rencontrée dans des circonstances tout à fait autres que la musique, il s’est avéré qu’elle jouait des claviers et adorait ma musique. Thierry Guillod est à la basse. Il n’avait jamais ni entendu, ni joué de prog. Il en est fou aujourd’hui! Alain Widmer est à la batterie. Il est venu à la fin d’un concert, alors que j’avais annoncé qu’on cherchait un batteur, pour me dire qu’il rêvait de jouer avec Meta. Juré, c’est vrai!!

PR – Est-ce qu’il y a une tournée de prévue pour la promotion de ce nouvel album ?

JPS – Comme je l’ai déjà évoqué, la réponse est non, sauf si… c’est vrai que jouer cet album live serait juste génial, vu la puissance et l’émotion qu’il dégage, mais… Attendons!!

PR – Depuis la création de Metamorphosis, est-ce qu’il y a eu un point tournant pour vous, un moment où vous avez eu à choisir un chemin plutôt qu’un autre ?

JPS – Oui, clairement quand il s’est agi de passer d’un “one man project” à un groupe, avec la crainte de voir ma musique transformée dans un sens que je n’aurais pas voulu. Mais cela n’a pas été le cas !!

PR – Est-ce qu’il y a une chanson ou un album qui a marqué votre vie ? Si oui, pourquoi ?

JPS – Je crois l’avoir déjà évoqué plus haut : Dark side of the Moon, Selling England by the Pound, Foxtrot et j’en passe. Parce qu’ils ont transcendé ma vie. Et puis, bien plus tard, The Visitor, parce qu’il m’a fait revenir au prog et que c’est juste un immense album. Certains groupes ont été touchés par la grâce une fois (Arena), mais d’autres 2 ou 3 fois!!!

PR - Pourquoi avez-vous choisi de faire de la musique progressive, il y a des styles de musique plus payants ?

JPS – Ah, c’est vrai que pour gagner de l’argent, c’est pas le bon choix !!! Tout simplement parce que le prog est en moi, m’habite et m’habitera jusqu’à mon dernier jour !! Pour moi, avec la musique classique, dont il est d’ailleurs proche, c’est la seule musique qui s’adresse d’abord à l’âme, à l’esprit. Elle t’emmène dans toutes sortes de contrées, parfois violentes, torturées, ou juste proche de l’extase. Et je trouve que The Turning Point, c’est exactement cela…

PR - Quel est votre plus beau souvenir en lien avec votre carrière musicale ? Avez-vous un rêve que vous voudriez réaliser?

JPS – Certainement quand j’ai commencé à comprendre que ma musique arrivait à toucher plein de gens au-delà de mon cercle d’amis. Je me souviendrai toujours d’un mail reçu des USA, après la parution de Nobody Cares, et qui me disait que depuis je ne sais plus quel disque de Pink Floyd, il n’avait plus ressenti autant d’émotion à l’écoute d’un disque… Un rêve oui : jouer The turning point à la Lorelei, avec After all these years en rappel !!

PR – Vous avez le mot de la fin…

JPS – Merci de m’avoir donné la possibilité de m’exprimer sur cette musique immortelle. Et de faire découvrir Metamorphosis à vos auditeurs.

PR - Merci beaucoup pour votre collaboration.

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