CHRONIQUE / REVIEW

Daal

Daedalus

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Releases information

Release date:

May 13, 2022

Format:

CD, Digital, Vinyl

Label:

From:

Ma.Ra.Cash Records

Italie / Italy

Serge Marcoux - June 2022

9,4

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TRANSLATED REVIEW (GOOGLE TRANSLATE) BELOW FRENCH TEXT !

La musique instrumentale représente un défi depuis toujours et elle ne date pas d’hier ! Il suffit de pense à la musique classique, aux bandes sonores de films et au jazz, quoique ce dernier langage musical puisse faire une belle place aux voix. Depuis toujours, de son côté, le rock a vécu et prospéré en faisant une place prépondérante aux vocaux. Il a peu à peu commencé à s’affranchir du duo couplet refrain via les longs solos et les jam d’abord puis, en abandonnant carrément l’intervention du chant. C’est principalement son rejeton progressif qui a adopté les instruments comme seul moyen d’expression. Cependant, si les longs développements musicaux ou les pièces instrumentales abondent même au début de son histoire, plus rare sont les artistes ou les groupes qui font de la musique instrumentale leur principale production artistique. Cependant, lorsque des musiciens offrent une œuvre qui s’affranchit de la barrière des langues et permet de nourrir l’imaginaire des auditeurs, il en résulte un bijou sonore qui pare nos oreilles et notre âme. Tel est ce « Daedalus » du groupe italien DAAL.

Le groupe originaire de Bergame, quelle source d’inspiration, est créé en 2008 par deux musiciens bien implantés dans la scène musicale italienne. Il s’agit du claviériste, compositeur, arrangeur et producteur ALFIO COSTA (TILION, PROWLERS, COLOSSUS PROJECT, DARK SESSION) et du batteur, percussionniste, arrangeur et compositeur DAVIDE GUIDONI (TAPROBAN, NUOVA ERA, THE FAR SIDE, GALLANT FARM, OZONE PLAYERS, etc.). Ils sont accompagnés de deux complices qui ont participé à quatre des six albums précédents. Il s’agit de ETTORE SALATI (THE WATCH, ALEX CARPANI, etc.) qui joue de la guitare et a collaboré aux arrangements et du bassiste ROBERTO ‘BOBO’ AIOLFI (TILION, PROWLERS, COLOSSUS PROJECT). Le mythe de Dédale et Icare a été la source d’inspiration pour nos deux compositeurs. Dédale, Athénien expatrié en Crête, construisit un labyrinthe conçu pour que personne ne puisse s’en échapper. Le roi Minos y fit enfermer le minotaure, un monstre mangeur d’hommes moitié homme moitié taureau. Lorsque le roi appris que Dédale avait révélé le secret du labyrinthe à Ariane, il y enferma Dédale et son fils Icare. Afin de s’enfuir Dédale fabriqua des ailes avec de la cire. Il parvint à s’enfuir mais Icare, trop ambitieux, s’approcha trop du soleil, ce qui fit fondre la cire. Il tomba à la mer et s’y noya. Sans être un album concept, le fil conducteur, pas celui d’Ariane bien sûr, est ce thème qui a alimenté l’imagination des musiciens, les titres par exemple, et nourrit mes écoutes.

Ce mythe qui représente le processus psychologique qui pousse à dépasser ses propres limites, à défier les lois de la nature et apprécier la beauté de l’inconnu sied parfaitement à DAAL et au rock progressif. Si vous explorez la discographie du groupe, vous trouverez des propositions qui marient, notamment, l’expérimentation, les thématiques sombres ou mélancoliques, les envolées symphoniques et, bien sûr, diverses références aux grands du genre qu’ils représentent si bien. Cependant, la musique de DAAL se veut personnelle, à la fois évocatrice et intimiste, hypnotique et désordonnée. « Journey Through the Spiral Mind Part 1 » Ilustre bien ces divers aspects. Une introduction ambiante, représente-t-elle l’espace, le cortex cérébral ? Un piano mystérieux s’y insère doucement accompagné de la basse et de la guitare. Puis soudainement, une poussée de l’orgue accompagné par les cymbales ébranle le temple sonore. Le retour de ce piano inquiétant, pensez Halloween de JOHN CARPENTER, précède une seconde poussée orgue/cymbales et la batterie qui s’en mêle. Puis… un presque silence nous retourne dans l’espace ou en nous-même. Le piano revient mais comme apaisé, suivi par la basse et la batterie. Les dernières minutes voient l’apparition d’un mellotron ample, grandiose, un peu à la ANEKDOTEN. La montée est irrésistible et simplement magnifique. Le piano et un clavier tout en douceur terminent cette exploration de l’esprit.

Lorsqu’on découvre et savoure les notes du rêve d’Icare, on change de registre. Une première section résolument plus rock, une sorte de croisement entre KING CRIMSON et URIAH HEEP si j’ose une telle comparaison. La deuxième section un peu plus lente d’abord avec force de mellotron, est une fois encore majestueuse. Puis le ton devient un peu menaçant, plus intense jusqu’à une douce conclusion. « Painting Wings » constitue une autre réussite. Encore ici, DAAL combine les atmosphères. Sans décrire chacune des neuf minutes, sachez qu’il y a un superbe passage à partir de la troisième minute où l’orgue s’impose, le ton est à la fois rock et un peu martial. À la sixième, le mellotron, encore lui, signale un retour au calme avec un dialogue savoureux entre la basse et les claviers, entre autres. L’autre suite de l’album, « Labyrinth 66 Part 1 & 2 » offre effectivement deux sections fort distinctes. Au cours des six premières minutes nous explorons un territoire musical plus abstrait, plus expérimental. Puis tel Dédale et Icare, nous découvrons la sortie, la rédemption. Les claviers sont maintenant appuyés par un rythme plus convenu, par une structure qui sans être simple nous est plus familière. Le piano d’ALFIO et le fidèle mellotron sont autant de points de repères. Ainsi, dans ce labyrinthe ce n’est point le minotaure que nous avons trouvé mais un quatrième morceau de qualité.

« In my Time of Shadow » est une proposition sur une tempo plus lent et cette fois, c’est ETTORE SALATI qui vient nous enchanter avec son jeu et un solo de guitare agréablement inspiré par STEVE HACKETT. Un morceau aux délicieuses saveurs pastorales qui précède celui que je préfère. La deuxième partie de « Journey Through the Spiral Mind » est simplement divine. Un festival de claviers qui vous fera vivre un orgasme mellotronique, pardonnez le néologisme. On vit un savant mélange entre l’école italienne et l’école scandinave avec une touche du vieux KING CRIMSON. Une digne conclusion d’un album de haut niveau et ce, pour la version standard. Si vous pouvez vous procurer une des autres versions, vous pourrez rencontrer le « Minotaur », un morceau ambient. Vous savourerez un lever et un coucher de soleil en musique situé quelque part dans ce voyage musical à travers la spirale de l’esprit que vous avez appris à aimer au cours de l’heure précédente. Avec « Daedalus », DAAL vient de nous offrir un album que plusieurs verront comme un féroce compétiteur dans leur palmarès annuel. C’est mon cas.

PISTES / TRACKS

    1. Journey Through the Spiral Mind Part 1 (14:10)
    2. Icarus Dreams (7:30)
    3. Painting Wings (9:22)
    4. Labyrinth 66 Part 1 & 2 (13:07)
    5. In My Time of Shadow (6:30)
    6. Journey Through the Spiral Mind Part 2 (7:51)
    7. Minotaur*
    8. Sunrise*
    9. Moonrise*

    * Limited and deluxe edition

- Alfio Costa / Keyboards, noises
- Ettore Salati / Electric guitars
- Bobo Aiolfi / Fretless basses
- Davide Guidoni / Acoustic & electronic drums & percussion, keyboards, noises

musiciens / musicians